carmenere

En Bolivie aussi on a le Carmenere, si difficile à prononcer quand on en a trop bu....
Dans le Beni, à Potosi et à Tarija bien sûr.

Originaire du Bordelais (Médoc), de la famille des carmenets, comme le Cabernet-Sauvignon, le Cabernet-Franc, le Merlot ou le Sauvignon, il est surtout cultivé à présent au Chili.
Dans son histoire, on l’a trouvé sous le nom de Carmeneyre, Carmenelle, Cabernelle (ou Cabernell), Carbonet, Bouton blanc, Grande vidure ou Viduire dans le Médoc et Carbouet dans les Graves.

Au début du 19ème siècle, Silvestre Ochagavía, un aristocrate chilien en voyage en Europe, commence à importer les cépages nobles du vieux continent au Chili. Il est rapidement suivi, et les pieds de vignes français commencent à peupler les vallées entourant Santiago, juste avant que le phylloxera ne ravage leurs vignobles d’origine. Pour replanter le Carmenere, alors très cultivé dans le nord de l’Aquitaine, on a dû le greffer, ce qui réduisit beaucoup ses rendements. Il a été presque totalement abandonné pour cette raison.
Alors que la France se remettait de ses misères, le développement de la viticulture chilienne, était plutôt chaotique, de l’expansion de la vigne aux arrachages et à l’interdiction dans les années 60 de planter de nouveaux pieds. Mais dans les années 80, le Chili réalise l’importance de ce champ commercial et commence à produire des vins reconnus, principalement issus du cépage Cabernet-Sauvignon et un peu du Merlot.

En 1991, alors qu’on pensait la Grande vidure disparue de la surface de la planète, Claude Valat, un œnologue français, découvre au milieu des plants de Merlot du domaine Carmen (région centre du Chili) un pied de vigne différent des autres. Les raisins sont plus gros, la couleur des feuilles est différentes. Trois années et plusieurs analyses ADN seront nécessaires pour prouver que ce sont bien des plants de Carmenere. La nouvelle, rendue publique en 1994 au Chili, bouleverse le monde vinicole :

certains y voient déjà l’opportunité de produire un vin rare et de faire des affaires. Mais la plupart des vignerons pensent plutôt aux corvées d’arrachage et de replantage, pour démêler les deux cépages. Les meilleurs domaines (Carmen ou De Martino, par exemple) s’empressent de séparer les vignes et proposent dès 1996 des vins 100% Carmenere. D’autres au contraire continueront d’ignorer délibérément l’enchevêtrement et de vendanger et vinifier le Merlot et son cousin ensemble, sous le nom de Merlot.

De même, l’Italie posséderait près de 4200 hectares de Carbouet, vendus sous le nom de Cabernet-Franc, pour ne pas avoir à trier les pieds. Des grappes de Carmenere ont été également identifiées en Argentine et en Californie, ainsi qu’en Bulgarie et à Malte.
Mais on est loin du Chili, où il représente 10% des vignes noires cultivées (troisième place des cépages de vins rouges), pour près de 9000 hectares. Grâce aux barrières naturelles que forment les Andes, le désert, l’océan.... les vignes n’ont jamais été atteintes ou même menacées par le phylloxéra, et n’ont donc pas besoin des porte-greffes américains si répandus ailleurs dans le monde. 90% des vignes sont ainsi franches de pied, ce qui est un atout indéniable dans le cas de la Grande vidure.

En France, seuls une vingtaine d’hectares restent cultivés, mais la mode des cépages oubliés a inspiré de nouvelles plantations dans le vignoble libournais depuis la découverte chilienne. On en trouve aussi dans le Médoc. Et des essais ont débuté en 2004 dans le Bordelais : sept clones intéressants, qui vont être testés dans les années à venir sur la qualité de leurs vins et leur capacité d’adaptation au terroir, pour homologuer définitivement une ou deux versions hautement qualitatives. Le Château Brane-Cantenac à Margaux et le Château de Pressac à Saint-Emilion sont de la partie.